lettre à mamie doudou

Mes deux grand-mères réunies et moi, Rolande et Régina, à Montargis (45).

 

Marcilhac, le 11 Janvier 2013.

 

A Mamie Doudou.

Et aussi à Papi Bébert… puisque tu le rejoins au bout de 22 ans de séparation. Tu lui raconteras… tu lui valseras mes maux, mots à mots, le regard plongé dans ses yeux verts.

 

J'avais dédié mon film à mes racines paysannes car je suis une graine de Sologne, du Gâtinais, du Loiret, de l'Yonne, de Bourgogne et de Bretagne. Je te l'avais offert, je crois que tu en étais très fière.

Née à Melleroy en 1929 de parents cultivateurs, au lieu dit « Au Levier », tu dormiras à la Chapelle-sur-Aveyron, là où tu as vécu, là où tu as connu dans un bal musette l’amour de ta vie, là où vous vous êtes épousés, rejoindre mon pépé Albert. Parti un peu tôt, il y a 22 ans, il est tombé dans la forêt et la nature qu'il aimait tant : au pied des arbres, quoi de mieux ?... Tu dormiras donc au creux de la terre du Loiret Gâtinais, terre d'une partie de mon arbre à moi, à nous, famille de gens ruraux, paysans et modestes... dont je ne cesse de porter au bord du coeur les valeurs de simplicité et de sobriété... les valeurs de bonheurs simples.

 

Je vous dois mon enfance bénie, baignée de souvenirs champêtres et lumineux.

Je vous dois la cueillette des coucous de printemps éclatant de feu et de couleur soleil, l'odeur du vrai lait de vache frais avec de la « peau », l'odeur des étables, la jouissance de la quête des oeufs des poules, cachés dans les vieilles voitures à pédales endormies dans les cabanes aux odeurs de chélidoine et de sous bois.

Je vous dois mes jambes de fillette griffées par les pailles chez le père Touillon à batifoler dans les champs et monter des cachettes avec les ballots sous un ciel écrasé de chaleur estivale.

 

Je vous dois la cueillette des haricots verts et des cornichons... les découvertes des patates enfouies dans la terre fertile, les semis du printemps, les récoltes d’automne.

Je vous dois la mémoire des aliments en bocaux et les délices du saucisson à l'ail fumé et de l’andouillette du boucher d'en face, les bonbons au miel, réglisse et violette que je subtilisais parfois dans la pomme rouge en plastique. Ma nourriture terrestre...et spirituelle.

 

Je vous dois les bals musette où je faisais voler mes robes et apprenais les rudiments des pas du tango, de la valse, du paso doble  et du tchatcha...

Le paso doble... combien de gamines de 8/10/12 ans aujourd'hui dansent ça devant tout le monde avec leur beau grand-père souple en lui marchant sur les pieds, avec un air fier même si c'est gauche ? Dans la chaleur des nuits de Juillet, dans les odeurs des moissons de blés mûrs, dans des lumières de couleurs enivrantes avec le regard complice et les rires d'une grand-mère qui se régale attablée avec ses amis...? Ben ça, c'est du bonheur qu'on n'oublie pas. Ne cherchez pas à l'acheter : c'est impossible.

 

Je vous dois le litre de mauvais vin de table, avec la bonne soupe et le pâté de campagne au petit déjeuner.

Je vous dois l'odeur de la tête de veau ou de la naphtaline des armoires...

Je vous dois les cassettes d’André Verchuren, les 45 Tours vinyles de salut les copains, la collection les poupées des pays du monde dans leurs boites transparentes, les couvertures des séries S.A.S !

Je vous dois les parties de cartes à taper la belote et mes premiers ramis, mes rois et dames de cœur.

Je vous dois les photos transmises et la mémoire de nos ancêtres.

Je vous dois tout simplement l'affection et les valeurs que vous nous avez apportées sans y faire attention, juste parce que vous étiez d'une génération où ces choses là étaient normales.

Je vous dois enfin l'amour, même si il n'a pas toujours été simple.

Une dernière danse pour vous ... mon amant de St Jean, le petit vin blanc et le dénicheur, merci pour tout ce que nous avons partagé ensemble... que je défriche, déchiffre et déniche comme des trésors.

 

 

Même si cette musique me rend triste ces jours – ci, c'est le coeur des souvenirs de petits bonheurs de mon enfance... c'était simple, c'était gai, c'était les fêtes et le "bal des chieuves" du Cher, du côté de Baugy, Pouilly, Sancerre, ses vins de Loire et ses crottins de Chavignol...là où vous aviez choisi : le Berry. Ça me rappelle tant les lumières chavirantes des loupiottes de mille couleurs quand pépé Albert était fier de m'apprendre à danser...et me filait le mal de mer à ne plus toucher terre...moi aussi j'étais fière, c'était un jour de fête... c'était léger, ça faisait du bien, et aujourd'hui ça me fait aussi du bien d'écouter ça... avec 30 ans de moins dans l'âme. J’étais la Reine de Musette dans vos bras…

 

Enfin… je vous dois les pêches à la ligne au bord des étangs à trifouiller la pâtée et les asticots en emmêlant les fils de nylon et les bouchons.

 

Alfred_Sisley_Bords_du_Loing_à_Saint-Mammès_1892

 

 

Muzard Le Moing Stéphanie & Laurent, vers 1995(?). paysage d'imagination...

Collection Particulière sur bois, grand format.

 

C'est le janvier en chansons rétros écoutées chez vous avec tant d'insouciance, en votre hommage, mes grands-parents. Désormais, je n'en ai plus de vivants sauf dans mes souvenirs et joies d'enfant que ces airs-là fredonnent à mon coeur. Je pourrais écrire des heures, sur les parties de campagne au bord des étangs ou des canaux de Sologne, du Loiret, de Seine et Marne ou de la Puisaye, des bords du Loing, sur ces jours d'été fraise et cerise où dans le miroir de l'azur, il fallait surveiller la ligne et agiter le moulinet, où les gardons, les carpes et les brochets finissaient dans nos mains trop petites de petites filles, puis par glisser dans les herbes sauvages et finir dans la bourriche. Ça revient de si loin, ces odeurs d'eaux vertes poissonneuses...comme dans un tableau d’Alfred Sisley. Je comprends désormais pourquoi la touche vibrante de lumière des artistes impressionnistes, ces premiers peintres de la réalité et du paysage, m'a toujours émue. Elle parlait avec le poil de martre de ces évocations parfumées, et colorées de vert et de tendre, de ce que j’écris ce soir avec un clavier à grosses touches de lettres pour soigner les maux... Ces heures à observer les araignées d'eau faire des ronds dans l'eau et où le temps suspendait son vent à nos branches et à nos racines. Le plaid étendu pour les siestes d'après panier repas entre les bras ou contre les ventres de nos grands-pères paisibles. Jamais je n'oublierai cette chaleur humaine et cette nature généreuse comme je n'oublie pas ce qui me pique les yeux aujourd'hui... sans doute encore ces cornichons au vinaigre, ces satanés cornichons du jardin stérilisés en bocaux qui l'air de rien donnaient leurs piquants à mon enfance... C'est ma richesse à moi, ma forteresse, mon refuge, ma liberté, mes rêves, mon Utopie, ma quête, mon univers, mes amours d'enfant...on ne l’oublie jamais son enfance, on la poursuit pour l'éternité. On garde les voix, les accents, les manies, les habitudes, les odeurs, oui on les garde à jamais pour les transmettre. Un peu comme un fil de laine tricoté autour du coeur, qui, malgré les aiguilles, nous habille pour les hivers nostalgiques.

C’est pour cela que je porte ce pull vert que tu m’as tricoté lorsque j’étais adolescente. Tu vois, il me va encore. C’est Janvier, c’est l’hiver. Mais je sais que les beaux jours reviendront avec les bourgeons, avec les graines de notre arbre commun que nous avons semées.

Grâce à toi, à vous, je sais les blés, je sais Juillet, je sais que la vie a ses saisons. Je sais le goût, l’odeur, les couleurs, la force des belles choses. Je sais qu’une de ces choses essentielles, c’est l’Amour.

 

 

Merci pour cette enfance...

ta puce, ta Nini …votre première petite-fille.

 

 

Une « sacrée Fumelle ».

Stéphanie.

 

Ps : Ma propre fille a choisi de naître le jour de la Ste Rolande...

 

Muzard Le Moing Stéphanie & Laurent, vers 1998/99(?), inspiré du Canal de Briare...

Collection Particulière sur toile grand format.

 

 

 

 

Dégustation d'escargots à Courtenay (45) Rolande en compagnie de ses belles-soeurs et de sa dernière fille, ma tata Dominique (Doudou)

 

 

Ma maman Francine et tata Martine.

 

 

Le livret de famille de 1885 des grands-parents de Rolande. Elle me l'a envoyé en 2008.

 

 Rolande et Albert. Rolande a décidé de partir le 10 janvier et d'aller fêter ses 84 ans qu'elle aurait eu le 14 avec son Albert...

Mariage des parents de Rolande, Gaston et Germaine.

 

 

 

 

 

 

 



06/07/2013
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 72 autres membres