les carnets de campagne, dessiner les paysans lotois

le 08/09/2011

nouvelles fraîches: l'expo itinérante "confidences pays'âmes" est en cours de fabrication... plus de 40 créations ( photos, dessins, collages, + documents+ textes) sous cadres, un audio. Cela fera l'objet d'un autre article à venir!  Car cette expo sera à louer, pour médiathèques, lycées agricoles ou autres lieux intéressés par l'agriculture, la culture, le regard artistique sur la ruralité, l'échange, et les coulisses du film "sans terres et sans reproches"...

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Par inadvertance, MILLADIOU, j'ai effacé l'historique du projet snif....en rajoutant de bonnes nouvelles! Tant pis.... voici quelques dessins et extraits du texte du carnet...je ne pourrai plus remettre ce qu'il y avait! je suis surbookée par la sortie et vente du DVD!!!!! Sachez que je viens de recevoir une aide du parc naturel et de la région midi pyrénées pour mettre sur pied une expo itinérante avec tous les dessins, photos et écrits, documents du livre... pour plus de détails et extraits regardez les interviews radio sur le film!

donc peut-être une souscription en projet pour la fabrication du carnet de voyage! ?

Dimanche 27 mai

Une idée me traverse les neurones : c'est le vide-grenier de Gréalou aujourd'hui. Il a fait un si beau temps cette semaine que Michel Védrune, agriculteur conventionnel et actuel président de la coopérative, n'a pas pu se libérer pour nous recevoir. Mais je le connais, l'animal ! A midi, je le trouverai, c'est sûr, à la buvette …Gagné ! Nous  retrouvons les fidèles agriculteurs accoudés entre bières et kirs à l'apéro ; l'ambiance est festive et Michel, tout sourire, est ravi de s'attabler à nos côtés et de livrer ses impressions, de nous parler de son métier, tandis que les copains, excités, l'interpellent au loin, se moquant, s'agitant, venant le troubler, mais il tient bon !

Entre frites surgelées en barquettes et saucisses grillées, nous buvons ses paroles ainsi que l'apéro qu'il nous a offert. Michel est fils d'agriculteur, et a une entreprise familiale qui effectue des travaux agricoles pour les collègues : ensilage, etc. …

Cuisinier de formation à l'école hôtelière de Souillac, ayant travaillé dans la restauration collective, il a rejoins l'exploitation il y a 7 ans. Un cheptel de 800 brebis en extensif dans le causse. Je croise son grand frère Marcel, agriculteur lui aussi, qui à l'automne, est bouilleur de cru, près du lavoir au hameau de Puy Clavel, le fief de la grande famille nombreuse. Un boucher à Cajarc, René, un mécano, Thierry, Marcel et Michel, sacrée fratrie !

 

Il veut absolument nous emmener voir ses bêtes dans le causse. Nous grimpons à cinq, serrés comme des sardines dans la « pigeot », empruntant les chemins chaotiques entre chênes, buis et genévriers ; ça parle chasse, sangliers, amour de la Nature, amour du païs, fiers d'être chez eux et de partager leur passion, les Védrune ! Il faut dire que Thierry est bien « chargé », ils n'ont pas mangé mais l'apéro n'est pas si loin ! Ce qui permet d'avoir des scènes cultes ! Il faut les voir appeler leurs bêtes magnifiques et sereines qui se s'enroulent autour d'eux, confiantes, leurs manteaux tondus et lumineux se détachant de l'azur. Le panorama donne sur l'Aveyron. La boutade aux bords des lèvres, les éleveurs ne sont vraiment  pas tristes !

Ils regrettent pourtant que les autres portent sur eux un regard de chasseurs de prime, de pollueurs. Eux qui prétendent faire plus bio que le bio, sous prétexte d'être en extensif.

 

Est-ce vraiment cela, faire de l'élevage biologique ? Je n'ai pas pensé lui parler des soins vétérinaires prodigués aux animaux, de la nourriture lorsque les belles sont dans les hangars ; En tant que nouveau Président de la coopérative, Michel n'est pas tout à fait à l'aise mais tout de même, même s'il y a des OGM cultivés, et si la coopérative en vend, il n'est pas personnellement pour ; il ne voit cependant pas comment échapper à cette règle imposée, économiquement parlant. Je lui ai donné des infos à voir sur Internet, il a découvert une autre facette de ce problème: l'information est primordiale. C'est dingue que ce soit des citoyens qui apportent l'information et non les services de L'Etat, la Chambre d'Agriculture et les autres partenaires de la filière agricole ! On peut tout de même être en droit de se poser la question de savoir quelles sont les raisons de cette loi du silence.

Ce qui est surprenant, c'est que ces agriculteurs conventionnels, Michel en tout cas, sont demandeurs d'info; faute de temps pour s'y consacrer ou faux-semblants pour paraître sympathique ? Quand je pense à Patrice Ravet ou Pierre Dufour qui organisent des réunions, distribuent des tracts, militent pour diffuser ces problématiques et qui, eux, ont le temps de se poser des questions, trouvent leurs réponses et se battent contre cette dictature génétique…pourquoi les uns ont le temps et pas les autres ?

 

Il faut que nous allions à la ferme du Pouzat pour rencontrer Jacky Dupéty qui organise une journée portes ouvertes pour faire découvrir le BRF, le bois raméal fragmenté…

 

Vendredi 25 Mai.

Ce matin nous nous rendons à Carayac, petite commune chère à mes souvenirs. Nous traversons « Poux del mas » la ferme de Denis et Gervaise Pradines, amis et producteurs de la cultissime Tomme de brebis et safraniers. Nous n'aurons pas le temps de nous arrêter les saluer, peut-être croiserons-nous Denis au marché de Figeac ? N'ayant pas le temps de nous accueillir, Denis et Gervaise m'ont parlé d'une sacrée fille : leur petite voisine depuis un an et demi qui veut s'installer comme paysanne boulangère. J'ai donc pris rendez-vous avec ce brin de fille qui a l'air bien sympathique et dynamique.

Elle est en location « aux Baillères ».

Elle fait partie de l'ADEAR* avec Aude et Jean-Baptiste qui doivent nous rejoindre.

 

* ADEAR : Association pour le Développement de l'Emploi Agricole et Rural, s'occupe dans le Lot d'aider les porteurs de projet dans leur installation, d'accompagner à la transmission de fermes, de proposer des formations. Est orientée vers l'Agriculture Paysanne.

 

Nous arrivons donc dans cette petite maison typique lotoise : grange, potager, citerne, four à pain, cazelle, maison sur cave. Céline Planque est bien planquée ! Avec son allure cool, ses cheveux savamment emmêlés, son franc-parler, ses rideaux indiens qui pendouillent au seuil de la porte de la maison comme rempart aux mouches et moucherons, elle est pétillante !

Son gros chien bâtard et pataud, un peu brut, tourne autour de nous. Border collie croisé avec un… un quoi ? C'est ça la variété ! … sans doute un gêne de Labrador. Mais, là, pas de traçabilité !

Je visite le jardin et le fournil, quelques essais de blés anciens poussent au potager tandis que

le four à pain a été nettoyé, réparé un peu, essayé, les panetières en osier et les pelles à pain faites maison sont rangées, attendant que sonne l'heure de la fournée.

L'herbe du jardin est haute mais nous prendrons l'aise sous les arbres, un café chaud dans des tasses style 70 en arcopal, avec écrit « Mobil » dessus, sans doute le symbole des premiers chocs pétroliers ! Voilà comment à l'époque, dès le matin, les industriels vous conditionnaient déjà à mettre le moteur en marche pour la journée ! Un souvenir et un attachement à l'enfance, renchérit Céline…

Nous commençons l'interview de cette apprentie paysanne pleine de projets mais sans terre. Sa première manifestation, c'était le fauchage d'un champ d'OGM à Valdivienne. Elle a été choquée de cette violence et des forces déployées indignes d'un pays comme la France ; je retrouve là mes impressions lors de mon visionnage du film d'Eric sur le fauchage de Nonette. Nos réactions et nos positions sont similaires : révolte et incompréhension, démocratie en danger ? Fille d'ouvrier, issue d'un milieu modeste, Céline n'est pas à l'aise dans ce système de société consommatrice et polluante, pro nucléaire. Elle cherche sa place d'adulte, dans une vie rurale où le lien social est la priorité sur tous les autres modes de vie, qu'on nous impose dès le berceau. Aude nous rejoint avec sa petite famille. Cette jeune maman est aussi en recherche de terre pour son projet paysan, elle, qui est issue de famille aisée. Elle a grandi au Brésil dans une résidence surveillée pour riches européens, côtoyant la misère humaine au jour le jour, et l'injustice. Cette enfance soi-disant dorée, elle en garde une profonde blessure qu'elle tente de panser, comme une sorte de honte. Elle veut dépasser cela pour cheminer vers le but suprême : se construire au rythme de la nature, retrouver le sens profond des relations entre les hommes sur une même planète. Le sourire de son fils suffit à comprendre ses motivations. Notre génération  se retrouve confrontée aux mêmes incertitudes, aux mêmes doutes, c'est aussi peut-être pour cela que ce beau département, ce coin de terre encore préservé accueille et attire les « résistants » à la mondialisation, les candidats à l'exode urbain… plus qu'ailleurs en France, sans doute, le parfum d'éternité et de liberté exhale encore, la Nature et les Hommes intimement liés dans le respect des savoir-faire et des savoir vivre. Le patrimoine que l'on voudrait glacé, figé sur papier souvenir appelle les vocations à perpétuer le sens profond d'une démarche non passéiste ni bucolique mais bel et bien évolutionnaire, en connaissance du pire que la science et le libéralisme économique nous imposent peu à peu, au détriment des générations futures. Ce n'est sans doute pas un hasard si une partie de la génération des enfants de 1970 à 1990, élevés aux poulets aux hormones, gavés de télévision, nourris au marketing et à la publicité souhaitent venir prendre racines ici, loin de leurs départements ou régions d'origine, loin de l'enfance standardisée et soi-disant confortable. Seuls les grands-parents apprenaient encore à leurs descendants comment poussent les salades au jardin tout en leur tendant le cadeau « bonux » ou le chocolat Poulain avec les images. La notion de confort est relative. Mais est-ce vraiment le confort qui fait grandir les Hommes ? Certes, personnellement, je n'ai manqué de rien, matériellement. Mais le constat que je fais aujourd'hui sur les aspirations de toutes ces personnes me posent questions… Mais revenons à nos moutons… ou plutôt chèvres !

 

Jean-Baptiste nous tend en partant une bouteille de pétillant de sureau fait maison, comme il se doit !

 



02/07/2007
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