La pendule et le coucou.

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Sous la lumière douce du jour déclinant, dans un chemin du petit bois de la « Pierre levée », mes pas  foulaient le sol sablonneux faisant craquer les dernières feuilles mortes et brindilles. Mon œil s’égarait entre les fraisiers en boutons, les dents de lion arborant leurs couronnes jaunes soleil et les pulmonaires bleus et roses aux belles et larges feuilles à petits pois, telles des mini jupes années cinquante.

Les arbres avaient de nouveau  cette robe pointilliste que les printemps leur confectionnaient depuis des millénaires. Tâches jaune et vert tendres habillaient leurs branches nues de l’hiver finissant.

L’air était tiède, apaisé, finement sucré. Il  accompagnait ma ballade où ça et là, quelques insectes s’affairaient en récoltes aériennes, cousant les fils conducteurs entre le règne animal et le règne végétal.

J’aime « défiler » dans  les bois et les forêts depuis toujours,  véritable podium, emplis de Vie du sol au ciel, emplis de souvenirs aussi…

Mon chant intérieur se remplissait des notes de ténors des bois, plumes au vent léger, afin de briser le silence des lieux.

S’il est une fleur bien symbolique de ce plaisir non démodé, c’est bien une autre gracieuse et élégante qui parsème le chemin entre hier et aujourd’hui  et à chaque saison retrouvée. Elle semble commune à beaucoup mais est pour moi exceptionnelle.

Ses feuilles-hanches grasses et douces, vertes d’un vert soutenu,  accueillent les longues jambes-tiges graciles et vert tendre surmontées de multiples bouquets floraux, d’un vert  encore plus clair et plus puissant encore, et où pointent vers le ciel de fines pétales jaunes claires, presque cloches, presque coupoles miniatures, au creux desquelles plonger son nez ralenti le temps et le ramène à des instants  d’enfance à jamais gravés.

Ah ce parfum doux, sucré, discret, subtil… léger… comme le goût du premier fruit sauvage qu’il nous a été donné de découvrir en bouche, cette fraise des bois, cette mûre, cette framboise…

 

Je me souviens…

C’était hier, dans un pré du Berry, alors que des prairies montent les herbes hautes et commencent à se peupler des premiers papillons, des premiers butineurs. J’étais au printemps de mon enfance.

Une étendue incroyable de pissenlits en fleurs et de primevères entouraient mes petites jambes jusqu’à mon corps enseveli de plaisir. J’étais perdue dans ces parfums solaires, sous une lumière crue d’un midi de mars sans doute. Pépé Albert m’avait amenée dans un de ses terrains dont il ne faisait pas grande utilité, à l’heure de sa retraite au milieu de cette nature préservée,  si ce n’est  que d’être propriétaire d’un peu de cette Terre qu’il avait eu l’habitude de cultiver en potager, ou encore, à son plus jeune âge, de l’avoir comme outil de travail paysan auprès de ses propres parents.

 

Je me souviens encore…

Les arbustes étaient en fleurs, saupoudrant l’horizon de haies bocagères, abritant oiseaux et autres chanceux dans ces espaces vallonnés, caressés des lumières que seules les ombres portées mettaient en perspective puisqu’écrasés de rayons à en dessiner les contours…

C’était du Pissarro, en plein air, loin des accrochages dans les musées. J’étais ce peintre, un instant. J’étais impressionnée par la beauté du spectacle sous mes yeux.

 

Et à mes pieds, des étendues de touches  jaunes et vertes…

Oui cette fleur commune du printemps, cette primevère à la fois ronde et gracile, avec ses puissantes effluves lorsqu’elle est en si grand nombre, tapissant un espace géant entre le temps de l’enfance et le temps de l’adulte, est pour mon nez et mon cœur, une fleur de mémoire, de renouveau, de trait-d’union entre les saisons de la vie, entre passé et avenir. Chaque printemps, ce « coucou » des bois ou des prairies apparaissant, je repense à  l’immense plaisir olfactif que cette fleur m’avait offert ce jour avec Albert.

 

Le coucou pour moi est un champ où sifflent les oiseaux de passage tous les ans à la pendule des sentiments.

 

Stéphanie Muzard, 30 et 31 mars 2017.

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Ps : Le saviez-vous ? 

Le coucou est comestible...

 

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31/03/2017
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